Le premier tour (le fameux fit) est passé avec succès, et soudain, le mail fatidique arrive : « Vous êtes convoqué(e) pour un test technique M&A. » Si vous sentez une pointe d’angoisse monter, rassurez-vous : c’est parfaitement normal. Le test technique en fusion-acquisition est réputé pour être intense. Les banques d’affaires et les boutiques l’utilisent comme un filtre impitoyable pour vérifier une chose simple : savez-vous joindre l’acte à la parole une fois devant Excel ?
L’intention derrière ce test n’est pas de vous piéger, mais d’évaluer votre logique financière, votre maîtrise des outils et votre résistance au stress. Voici tout ce que vous devez savoir pour dompter ce test et décrocher votre offre.
🧐 En quoi consiste réellement le test technique M&A ?
Oubliez la théorie pure. Le test d’entretien M&A est une épreuve pratique, généralement réalisée sur un ordinateur (parfois sur le vôtre, souvent sur celui de la banque) avec un clavier souvent dépourvu de souris pour tester votre maîtrise des raccourcis.
Le format classique :
- Durée : Entre 1h et 3h selon la séniorité du poste (Stage, Analyst, Associate).
- Support : Microsoft Excel (et parfois PowerPoint pour la restitution).
- Objectif : Modéliser une entreprise, la valoriser, ou évaluer la faisabilité d’une opération financière à partir d’un cas pratique et de données brutes.
📊 Les 3 grands types d’exercices à maîtriser
Pour être SEO friendly, allons droit au but avec les requêtes que tous les candidats redoutent : que va-t-on vous demander de modéliser ?
1. La Modélisation Financière (Les 3 États et le DCF)
C’est le grand classique. On vous donne un compte de résultat et un bilan historiques, ainsi que quelques hypothèses (taux de croissance, marges, BFR, Capex).
- Ce que vous devez faire : Projeter les 3 états financiers (Compte de résultat, Bilan, Tableau des flux de trésorerie) sur 5 ans et vous assurer que le bilan s’équilibre (Balance Sheet balances).
- Le niveau supérieur : Calculer les Free Cash Flows (FCF) et construire un modèle DCF (Discounted Cash Flow) pour aboutir à la Valeur d’Entreprise (Enterprise Value) puis à la Valeur des Capitaux Propres (Equity Value).
2. Le modèle LBO (Leveraged Buy-Out)
Très fréquent si vous postulez dans des fonds de Private Equity ou des boutiques M&A très orientées Sponsors. Le cas est plus centré sur la structure de financement.
- Ce que vous devez faire : Construire un Sources & Uses, modéliser le tableau d’amortissement de la dette (dette senior, mezzanine), projeter les cash-flows et calculer le TRI (IRR – Internal Rate of Return) ainsi que le multiple de l’investissement (MoIC) pour le fonds.
3. L’Analyse des Multiples (Comparables)
Plus rapide, cet exercice vous demande de valoriser une cible à l’aide de ses pairs (comparables boursiers ou transactions précédentes).
- Le piège : Ne pas se contenter d’appliquer une moyenne. On attend de vous que vous sachiez nettoyer les données (ajuster l’EBITDA des éléments exceptionnels) et justifier pourquoi vous excluez telle ou telle entreprise de votre panel.
4 Conseils pour s’y préparer efficacement
Savoir comment se passe un test ne suffit pas, il faut le préparer avec méthode.
- Lâchez la souris : Un bon banquier d’affaires gagne un temps précieux en utilisant uniquement son clavier. Apprenez par cœur les raccourcis Excel vitaux (
Alt + =,Ctrl + D,Ctrl + R,F2, navigations entre les onglets). - Soignez le formatage : Votre modèle doit être lisible par un Managing Director à 2h du matin. Code couleur universel : Bleu pour les inputs/hypothèses (chiffres en dur), Noir pour les calculs et formules, Vert pour les liens vers d’autres onglets.
- Faites des « Sanity Checks » : Un bilan qui ne s’équilibre pas n’est pas une fatalité si vous manquez de temps. L’erreur fatale est de faire un plug (forcer l’équilibre avec un chiffre au hasard). Laissez l’erreur visible et ajoutez une ligne de vérification (Check) pour montrer que vous avez conscience du problème.
- Entraînez-vous dans les conditions du réel : Chronométrez-vous. Téléchargez des rapports annuels de sociétés cotées et tentez de projeter leurs états financiers de zéro (le from scratch modeling).
Les erreurs fatales qui vous coûteront le poste
- Le « Hardcoding » : C’est l’erreur numéro 1. Écrire
=A1*1.05au lieu de lier votre cellule1.05à une cellule d’hypothèse clairement identifiée. Si le recruteur change l’hypothèse de croissance, tout votre modèle doit se mettre à jour automatiquement. - Paniquer face à une erreur : Le recruteur évaluera aussi votre attitude. Si votre modèle plante à 10 minutes de la fin, écrivez un commentaire expliquant où vous pensez que se trouve l’erreur et comment vous l’auriez corrigée. La logique prime sur le résultat exact.
- Négliger le sens des affaires : Trouver un TRI de 85% ou une marge d’EBITDA qui passe soudainement de 10% à 50% en deux ans devrait vous alerter. Ayez toujours un regard critique sur vos résultats finaux.
🏢 Cas Pratique M&A : Valorisation de « TechGourmet »
Contexte : Vous êtes en entretien pour un poste d’Analyste M&A. Le Vice-Président vous remet une feuille de données concernant TechGourmet, une entreprise en forte croissance spécialisée dans les logiciels de gestion pour la restauration. Il vous demande de construire un modèle DCF sur 5 ans pour déterminer le prix par action.
1. Les Données Historiques (Année 0 / Aujourd’hui)
- Chiffre d’Affaires (CA) : 100 M€
- Marge d’EBITDA : 15 %
- Dotations aux Amortissements (D&A) : 5 M€
- Besoin en Fonds de Roulement (BFR) : 10 % du CA
- Dépenses d’Investissement (Capex) : 8 M€
- Dette Nette actuelle : 20 M€
- Nombre d’actions en circulation : 10 millions
- Taux d’imposition (IS) : 25 %
2. Les Hypothèses de Projection (Années 1 à 5)
- Croissance du CA : 10 % par an pour les Années 1 à 3, puis un ralentissement à 5 % pour les Années 4 et 5.
- Marge d’EBITDA : Grâce à des économies d’échelle, elle passe à 18 % dès l’Année 1 et reste constante jusqu’à l’Année 5.
- D&A : Représentera historiquement 5 % du CA chaque année.
- Capex : Seront de 8 M€ en Année 1 et 2. À partir de l’Année 3 (régime de croisière), les Capex égaliseront strictement les D&A.
- BFR : Reste à 10 % du CA chaque année. (Attention : dans le calcul du cash-flow, c’est la variation du BFR qui compte !)
3. Les Paramètres de Valorisation
- Coût Moyen Pondéré du Capital (WACC / CMPC) : 8,0 %
- Taux de croissance à l’infini (Perpetual Growth Rate – PGR) : 2,0 %
- Période de projection : 5 ans (les flux sont actualisés en milieu d’année ou fin d’année, assumez ici une actualisation en fin d’année pour simplifier).
🛠️ Le Travail Demandé (Ce que vous devez modéliser)
Votre fichier Excel devra être structuré clairement et répondre aux étapes suivantes :
- Calculer les Unlevered Free Cash Flows (FCF) pour les années 1 à 5.
- Rappel de la formule : $FCF = EBIT \times (1 – t) + D\&A – Capex – \Delta NWC$
- Calculer la Valeur Terminale (Terminal Value – TV) à la fin de l’Année 5.
- Méthode de Gordon Shapiro : $TV = \frac{FCF_{5} \times (1 + g)}{WACC – g}$
- Déterminer la Valeur d’Entreprise (Enterprise Value – EV) en actualisant les FCF et la Valeur Terminale.
- Faire le pont (Bridge) vers la Valeur des Capitaux Propres (Equity Value).
- Calculer le Prix par Action (Share Price) final.
L’Entretien Oral : Les 3 questions de restitution
Une fois votre modèle terminé, le recruteur s’assoit à côté de vous, regarde votre écran et vous pose ces questions pour tester votre compréhension de la mécanique financière :
- Question de logique comptable : « Si, à l’Année 1, les dotations aux amortissements (D&A) augmentent soudainement de 10 M€, quel est l’impact exact sur la Valeur d’Entreprise (EV) de TechGourmet ? »
- Question de « Sanity Check » : « Vous avez utilisé un taux de croissance à l’infini de 2,0 %. Que se passerait-il conceptuellement si vous utilisiez 9,0 % ? Pourquoi serait-ce une erreur fatale ? »
- Question stratégique : « Comment justifieriez-vous mathématiquement l’amélioration de la marge d’EBITDA de 15 % à 18 % dès l’Année 1 sans embaucher personne ni augmenter vos prix ? »
